La maladie de Lyme

La maladie de Lyme est une maladie bactérienne. Elle est multiviscérale (pouvant affecter divers organes) et multisystémique (pouvant toucher divers systèmes). Elle évolue sur plusieurs années ou décennies, en passant par trois stades (ces stades étant théoriques, car en réalité plus ou moins différenciés, parfois entrecoupés de périodes de latence; ils peuvent se chevaucher pour certains symptômes). Non soignée et sans guérison spontanée au premier stade, après une éventuelle phase dormante, cette maladie peut à terme directement ou indirectement affecter la plupart des organes humains, de manière aiguë et/ou chronique avec des effets différents selon les organes et les patients, et finalement conduire à des handicaps physiques et mentaux. Des séquelles et rechutes sont possibles.

Depuis plusieurs années, des scientifiques s’affrontent en Alsace sur la maladie de Lyme et son étendue. Au nom d’enjeux de santé publique, deux versions divergentes laissent les patients dans le doute. Deux approches de la maladie de Lyme s’affrontent en Alsace. Selon certains scientifiques, il s’agirait d’une véritable pandémie, négligée par le milieu médical français. C’est ce que clament haut et fort Viviane Schaller, biologiste dont le laboratoire a été fermé par l’Agence régionale de santé (ARS) le 12 février dernier (voir DNA du samedi 18 février), et Bernard Christophe, gérant du laboratoire Nutrivital à Mundolsheim.

Témoignage d’un médecin sur la maladie Lyme


Ce dernier commercialisait du TIC-TOX, une huile essentielle soignant les piqûres de tiques, suspendue de la production et de la vente par l’AFSSAPS (l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé) le 2 janvier. Dans son communiqué, l’AFSSAPS souligne « des risques de neuro-toxicité » du TIC-TOX en cas d’ingestion et appelle Nutrivital à se mettre aux normes. Convaincu de l’innocuité de son produit, M. Christophe refuse de suivre l’avis de l’AFSSAPS. Nutrivital va déposer le bilan.

Ces trois dernières années, les ventes de TIC-TOX avaient augmenté de 20 à 30 % par an

Le TIC-TOX est au départ un produit qui s’applique sur la peau. Après avoir été testé sur des animaux, plusieurs médecins l’ont prescrit par voie orale pour soigner la maladie de Lyme, sous les conseils de M. Christophe. C’est l’une des raisons qui a poussé l’AFSSAPS à suspendre le TIC-TOX, soulignant entre autres que ce produit ne peut pas être utilisé comme un médicament, et qu’il ne dispose pas d’autorisation de mise sur le marché en tant que tel. Cela fait quinze ans que M. Christophe fait des recherches sur la maladie de Lyme. Il dit avoir aiguillé plus de 17 000 personnes vers le laboratoire Schaller, ainsi qu’une centaine de médecins. Ces trois dernières années, les ventes de TIC-TOX avaient augmenté de 20 à 30 % par an. M me Schaller dément avoir conseillé à ses patients la prise de TIC-TOX.

Levée de boucliers

Pour Viviane Schaller, les 12 motifs invoqués par l’ARS pour fermer son laboratoire (non respect des normes d’hygiène, entre autres) sont des prétextes. Cette décision n’a été rendue publique à travers un communiqué de l’ARS qu’une semaine après la fermeture du laboratoire, suite à une levée de boucliers des patients. « Il y a des personnes qui veulent ma fermeture », affirme M me Schaller.

Le test de dépistage de la maladie de Lyme qu’elle utilise, différent de celui préconisé par les autorités en première intention, fait partie des 12 manquements soulevés par l’ARS. Elle a jusqu’au 12 mars pour se mettre aux normes. « Dans le cas où elle refuserait, nous étudions la possibilité juridique de lui interdire le droit de pratiquer ce test », affirme Laurent Habert, directeur général de l’ARS Alsace. Viviane Schaller refuse pour l’instant de suivre l’avis des autorités. « Ce serait mettre fin à des techniques avant-gardistes », explique-t-elle.

Tests divergents

Depuis cinq ans, M me Schaller utilise le test de Western blot, qu’elle juge plus précis et plus efficace. Sauf que la réglementation impose une procédure en deux étapes : un test ELISA doit être pratiqué en première intention. Dans le cas où ce test est positif, un deuxième test est nécessaire. C’est là que la communauté médicale se divise : Viviane Schaller pratique des tests Western blot même quand le test ELISA donne des résultats négatifs, là où la réglementation impose de s’arrêter. « Le test Western blot est complémentaire du test ELISA. Il ne suffit pas pour détecter la maladie de Lyme », explique le professeur Benoît Jaulhac, bactériologiste au CHU de Strasbourg. Avec le Professeur Daniel Christmann, il fait partie de la Conférence de consensus qui a établi la réglementation au niveau européen pour le dépistage de la maladie de Lyme. Pour lui, 90 % des cas identifiés par M me Schaller sont faux, alors qu’elle dit utiliser les mêmes méthodes qu’en Allemagne.

Surévaluation ?

« Elle n’est pas la seule en France à utiliser le test Western blot. Mais elle est la seule à l’interpréter comme ça », indique Benoît Jaulhac. Le test de Western blot est commercialisé en France par ALL-DIAG, société allemande dont le siège français est basé à Strasbourg. Le kit utilisé par M me Schaller n’a pas été évalué par les autorités, et c’est en connaissance de cause qu’elle ne respecte pas la réglementation. Pour elle comme pour M. Christophe, le test ELISA est dépassé. Elle a d’ailleurs abaissé les seuils de positivité du test ELISA début 2011. « D’autres laboratoires utilisant le test de Western blot ne parviennent pas aux mêmes résultats que le laboratoire Schaller », s’étonne Benoît Jaulhac. « Il y a deux camps, celui des anciens et celui des modernes. En opérant comme je le fais, j’ai de plus en plus de patients, donc de plus en plus d’hostilité », répond Mme Schaller.

« C’est dangereux de s’ériger en autorité scientifique », réplique Laurent Habert. « Avec des faux positifs, les gens ne sont pas traités pour ce qu’ils ont vraiment », détaille-t-il.

Pour le Dr Mickaël Nord, l’un des soutiens de M me Schaller, « le débat n’est plus scientifique, mais dogmatique ». Lui dénonce des querelles de pouvoir qui empêchent la recherche sur la maladie de Lyme d’avancer. Avec le laboratoire Schaller et Nutrivital d’un côté, et les autorités sanitaires de l’autre, les patients se retrouvent prisonniers de querelles scientifiques qui les dépassent

 

Source: DNA ALSACE