Survie du Vanuatu

La petite embarcation fend l’eau turquoise qui sépare Efate de Pele – deux des quelque 80 îles du Vanuatu, archipel mélanésien du sud-ouest du Pacifique. A son bord, Kaltuk Kalomor, du ministère de l’élevage, montre les rives qui ont reculé, du fait de la montée des eaux et de l’érosion. “Les gens n’y croyaient pas au début, mais maintenant, ils voient bien que certains vont devoir déplacer leurs habitations dans les terres”, relève-t-il.

Les deux autres passagers, venus des Kiribati pour prendre exemple sur les projets d’adaptation au changement climatique menés au Vanuatu, opinent. Situé à plus de 2 000 kilomètres de là au beau milieu du Pacifique, leur archipel effleure la surface de la mer à moins de trois mètres d’altitude – alors que le rapport du GIEC prévoit une montée des eaux de 90 cm d’ici à 2100. Le président y envisage sérieusement l’exil de sa population.

Mais l’heure n’est pas au défaitisme. A l’agenda de la petite délégation kiribatienne, la visite d’un élevage expérimental de porcs, dans l’un des quatre villages de l’île de Pele. Car si la montée des eaux est l’un des effets les plus spectaculaires du réchauffement – amplifiée, au Vanuatu, par l’enfoncement de certaines îles –, le phénomène y entraîne surtout une plus grande variabilité climatique entre sécheresses et fortes précipitations, et une hausse de l’intensité des cyclones.

LE SECTEUR AGRICOLE, PREMIER TOUCHÉ

Ces aléas touchent en premier lieu le secteur agricole, alors que plus de deux tiers des foyers vanuatans pratiquent la polyculture vivrière et déclarent posséder des cochons. Or, selon des études citées par Christopher Bartlett, conseiller scientifique pour l’organisme allemand GIZ qui pilote le projet, les porcs ont tendance à moins se nourrir et à perdre en fertilité en période de forte chaleur. Ils sont aussi davantage sujets aux maladies et subissent les dégâts provoqués par les ouragans.

“Nos cochons grossissaient moins qu’avant”, note le chef du projet à Pele. Une nouvelle race a été créée sur ce site pilote, en croisant des cochons blancs importés, à la forte corpulence, avec des cochons sauvages et domestiques locaux. Au lieu d’être laissés dans la nature et nourris exclusivement de noix de coco, ils sont protégés dans des enclos couverts, entourés de plantations fertilisées par leur lisier.

Celles-ci serviront à leur alimentation : bananes, manioc, patates douces, cocos, ainsi que des poissons tilapias, élevés dans des bacs d’eau stagnante. La méthode, autosuffisante et économe en espace, a vocation à être propagée dans le village voisin, qui déploie, entre la plage et la forêt verdoyante, ses petites maisons de tôle ondulée et de feuilles de pandanus, bordées de jardins vivriers. Lire la suite sur LeMonde.fr