Pas si facile de devenir maman

devenir maman dubaiAlors qu’hier on assistait au légendaire pic de naissance annuel en France –correspondant à des conceptions du Nouvel An–, les jeunes mamans n’ont sans doute jamais été aussi motivées et fragiles. Ah, l’instinct maternel ! Ce sentiment puissant, naturel, qui étreindrait les femmes depuis la nuit des temps… Sauf que, dans la vraie vie, cet élan n’est pas si naturel si l’on en croit une étude réalisée par Ipsos Santé pour le laboratoire Gallia. Plus de 500 jeunes mamans de bébés de moins de 1 an et quelque 300 femmes enceintes ont accepté de confier leurs certitudes et leurs doutes quant à leur capacité à se sentir mères. Et c’est bien simple : pour 9 sur 10 d’entre elles, c’est un rôle qu’elles ont beaucoup désiré, qui les a beaucoup bousculées et qu’elles apprennent finalement à endosser… avec le temps et quelques trous d’air !

Chacune son rythme

Vous êtes de celles qui, pétries de culpabilité, ont eu du mal à palpiter d’amour devant le double trait du test de grossesse ? Vous êtes normale. Devenir mère est un rôle dont on prend conscience par étapes : 21 % des femmes sondées se sentent devenir maman au fur et à mesure que leur ventre s’arrondit, notamment quand elles sentent bouger le bébé (10 %)… Cependant, 29 % — donc près de 1 sur 3 — se sentent mère seulement après la naissance, quand l’enfant manifeste son besoin d’elles. « Toutes les femmes, toutes les histoires sont différentes », rassure Marie-France Le Heuzey, pédopsychiatre à l’hôpital Robert-Debré. « Il y a beaucoup de pression sociale et assez peu de soutien aujourd’hui pour les jeunes mamans. Beaucoup ne s’accordent pas vraiment le droit et le temps de cocooner durant la grossesse, elles continuent à courir, ont souvent beaucoup préparé l’arrivée du bébé et sont à la fois prises de court… » A une époque où « on ne fait plus comme ça parce que maman faisait comme ça », même leurs impulsions sont contrariées par la cacophonie ambiante — « Faut faire ci contre les vergetures, faut faire ça pour que le bébé grossisse… ». Une cacophonie qui, paradoxalement, isole chaque jeune mère — pourtant moins jeune qu’avant — face à son ressenti.

Un passage à vide fréquent quand le bébé a entre 4 et 6 mois

Bien que près de 2 femmes sur 10 osent avouer le contraire, 87 % sont heureusement confiantes dans leur capacité à devenir mères. Dans l’absolu, elles savent qu’elles vont s’en sortir. Au quotidien, en revanche, elles sont parfois dépassées et ce joli taux de confiance s’émousse très nettement (de 87 à 75 %) lorsque l’enfant a entre 4 et 6 mois. C’est le moment du retour au travail, de la première séparation et de la fin de la période dorée où la société vous fiche à peu près la paix : il faut que le bébé fasse ses nuits, qu’il ne pleure pas trop, qu’on passe le relais… « C’est aussi le moment de la diversification alimentaire et, aujourd’hui, il ne faut plus qu’un enfant mange suffisamment, il faut qu’il mange bien », a constaté la pédopsy. « Jamais les mamans n’ont été aussi inquiètes… Elles peuvent s’effondrer si leur petit recrache sa cuillerée de carottes, comme si ça remettait en cause leurs qualités de mère ! » Pour peu que le bébé soit du genre sensible ou rebelle, et rien ne va plus. Un quart des mères doutent donc d’elles-mêmes à ce moment clé du développement de l’enfant, celui où il s’éveille et s’affirme. « Il faut dire et redire à ces mamans fatiguées et contrariées que chaque bébé a son tempérament et qu’il y a des gourmands, des pleureurs, des râleurs, des contemplatifs… Or elles ont intégré un message social culpabilisant qui veut que ce soit forcément de leur faute, mais elles n’y sont bien souvent pour rien ! »

Se confier, pas instinctif… mais nécessaire !

Celles qui traversent l’aventure de la première maternité se tournent encore spontanément vers leur propre mère pour trouver réconfort et conseil (82 %), mais le futur ou jeune papa a quand même supplanté celle-ci : pour 91 % des femmes interrogées, leur conjoint est leur principal soutien. Sauf que, forcément, ce n’est pas vraiment auprès de lui qu’on va pleurer sur son ventre flasque ou sa libido à zéro. Si 87 % des jeunes mamans pensent que les papas peuvent materner aussi bien qu’elles, si le couple soudé partage solidairement ce déferlement d’émotions… ces mères ultramotivées mais fragiles manquent d’un réceptable extérieur pour confier leurs états d’âme. D’ailleurs, elles ne parlent quasiment pas d’elles-mêmes entre amies ou en société : 81 % affirment ne pas éprouver ce besoin ! Il n’est question que du bébé, de son poids (80 %), son alimentation (73 %), son sommeil (59 %)… « Elles cherchent du réconfort parmi leurs pairs sur Internet et n’y trouvent pas toujours une parole bienveillante qui les aide à relativiser. Elles sont quand même assez prisonnières du il faut être heureuse à ce moment-là… » déplore la pédopsychiatre. « C’est pourtant essentiel de vider un peu son sac. Même pour le bébé : quand sa maman n’est pas bien, il le sent. » Ceci explique cela : 43 % des jeunes mamans confessent ressentir le pincement vertigineux du baby blues. Presque 1 sur 2… C’est beaucoup et peu à la fois : à en croire Marie-France Le Heuzey, le bouleversement occasionné par une naissance est tellement fort sur tous les plans (hormonal compris) que le seul pourcentage crédible est… 100 %. Et que ça n’empêche pas d’être une super maman.