L’escalade, un sport à la mode

Alliant réflexion, adrénaline et bien-être, l’escalade en intérieur est devenue une alternative aux salles de fitness. Réel engouement ou tendance éphémère ?

Chaussons suspendus au sac à dos, des jeunes actifs en costume, tout droit sortis du travail, sautent les marches de l’entrée de la salle d’escalade Arkose Nation. D’autres, skateboard sous le bras, s’engouffrent dans ce grand temple de la grimpe. Abritant deux grandes salles d’escalade, cette ancienne usine voit défiler plus d’une centaine de grimpeurs en cette fin d’après-midi. Magnésie étalée sur les mains et nez en l’air, un sportif rondelet observe attentivement les mouvements incertains d’une grimpeuse débutante à l’allure athlétique : « Je pense que tu pourrais avancer ton pied sur la prise, ça te permettrait de pousser plus facilement sur ta jambe. »

Un autre félicite un grimpeur pour avoir réussi un « bloc bleu » (enchaînement de prises de même couleur), correspondant au niveau « très difficile ». Tous se conseillent et s’encouragent. Chez , comme chez ou encore , se pratique l’escalade de bloc, c’est-à-dire sans corde ni baudrier, sur des murs limités à 4,5 mètres de haut.

Ni corde, ni mousquetons, ni baudrier
À , au mythique magasin du Vieux Campeur, les chaussons (chaussures d’escalade) se vendent comme des petits pains. Depuis quatre à cinq ans, l’escalade en intérieur, notamment de bloc et en ville, est devenue une activité sportive très prisée. Un engouement qui a accompagné le bourgeonnement des salles et pourrait encore s’amplifier avec l’entrée de la discipline aux Jeux olympiques de Tokyo en 2020. En , les sites d’escalade privés sont aujourd’hui évalués à une centaine, contre seulement une vingtaine en 2004. « Il y a 15 ans, l’escalade était un milieu plus confiné et il y avait très peu de blocparks. Aujourd’hui, l’offre crée la demande. Les espaces bloc se sont énormément développés dans les villes », assure Grégoire de Belmont, l’un des associés d’Arkose. Ils sont plus de 1,2 million par an à défiler dans les sites Arkose. Les quatre associés ont ouvert leur premier blocpark à en 2013. Depuis, les espaces de bloc fleurissent à grande vitesse à Massy, , , Tours, Lyon ou Paris Nation.

Marc Paoli, le directeur de la salle d’escalade MurMur, explique l’essor de ce sport ludique par « la facilité à ouvrir des salles de bloc en ville ». « Celles-ci nécessitent peu de hauteur et l’investissement est moindre. » De plus, le bloc, facile d’accès, ne demande pas d’apprentissage. Les règles de sécurité sont simples et le matériel ne comprend ni corde, ni mousquetons, ni baudrier. Il suffit d’être muni de chaussons et d’un crashpad, sécurisant la réception.

Si la pratique est majoritairement masculine (on l’évalue à 70 %), les filles s’imposent peu à peu. Camille Arthuis, monitrice d’escalade et classée première grimpeuse de voie en Île-de-France, le confirme : « La pratique de l’escalade s’est nettement féminisée depuis quelques années. Ce phénomène est aussi très visible dans les compétitions. Les grimpeuses ont un niveau très élevé et parfois meilleur que celui des hommes. »

Origines anciennes

Les origines de la pratique de bloc, généralisée dans les années 2000, sont beaucoup plus anciennes. L’escalade, auparavant appelée varappe, naît à la fin du XIXe siècle avec les courses des premiers alpinistes vers les . Au XXe siècle se développe l’escalade libre, pratique qui consiste à progresser sur une falaise sans matériel pour s’aider, uniquement avec des prises de la roche. Par ailleurs, l’escalade de voie (avec corde), devenue populaire dès la fin des années 1970, voit s’organiser les premières compétitions officielles en 1988. Ce sont les années de gloire des grimpeurs « en solo », qui pratiquent une escalade autonome, sans la présence d’un second coéquipier chargé de les assurer. Ces grimpeurs de l’extrême assurent eux-mêmes leur sécurité. Les plus casse-cou s’aventurent au « solo intégral » et progressent sans protection sur les parois. Patrick Edlinger fait partie de ceux ayant réalisé des ascensions en solo intégral. Tout comme le célèbre Alain Robert, surnommé The French Spider-Man, qui a grimpé des gratte-ciel comme la tour Eiffel (300 mètres) en 1996 ou le Burj Khalifa de Dubaï (828 mètres de haut) 15 ans plus tard. Plus récemment, l’Américain Alex Honnold a réussi une première dans le monde de l’escalade : l’ascension, sans système d’assurage, de la falaise El Capitan (915 mètres) dans la vallée de Yosemite (Californie). Exploit surhumain reproduit dans le film documentaire Free Solo (2018).

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