Déconfinement : refuges en montagne

Jeudi 21 mai, Emmanuelle Wargon, secrétaire d’État auprès de la ministre de la Transition écologique, a annoncé la réouverture des refuges en montagne à partir du 2 juin. Une réouverture progressive et sous conditions.

La date était très attendue par tous les pratiquants de la montagne. Jeudi, Emmanuelle Wargon a annoncé sur Europe 1 une prochaine réouverture des refuges en montagne à partir du 2 juin. C’est la date que la secrétaire d’Etat à la Transition écologique entend proposer au premier ministre Edouard Philippe “pour une décision rapide”.

Capacités réduites

Selon Emmanuelle Wargon, la réouverture se fera “de façon un peu différente”, avec “plus de distances, moins de couchettes, moins de possibilités d’accueil. Et puis aussi plus de sécurité. Plus de nettoyage, des repas en décalés, la capacité à isoler des personnes qui monteraient et qui développeraient des symptômes après être montées dans la montagne.”

Le Président de la FFCAM – gestionnaire de 120 refuges en France – Nicolas Raynaud se réjouit de cette prochaine réouverture. Il précise que “tous les refuges ne vont pas rouvrir le 2 juin” et qu’il y aura une adaptation “au cas par cas” du protocole national mis en place en concertation avec la secrétaire d’Etat et les élus.

La fédération française des clubs alpins et de montagne envisage de rouvrir progressivement les refuges “avec des capacités d’abord réduites par rapport à leurs capacités habituelles” puis d’aller crescendo “en augmentant petit à petit les capacités”.

“L’idée, c’est d’ouvrir par exemple 10 ou 20 places sur quelques bâtiments, de voir comment ça fontionne, l’organisation des équipes qui vont travailler et l’organisation qu’il faut mettre en place dans les dortoirs… Avec l’idée d’être prêt pour le mois de juillet”, explique Nicolas Raynaud.

“Trouver des astuces” dans les dortoirs

A quoi faut-il s’attendre dans les dortoirs? “On ne va pas faire dormir les gens avec un masque”, répond Nicolas Raynaud. “Ce qu’il faut surtout c’est faire en sorte que les gens ne se rapprochent pas à un moment donné”. Plusieurs solutions sont envisagées : installer “une petite séparation en bois ou autre” entre les matelas ou encore “relever les matelas” qui seront laissés volontairement inoccupés.

“Il faut qu’on trouve des astuces”, poursuit Nicolas Raynaud, qui estime que “la réduction de la capacité est inévitable”. Mais là encore, pas de règle absolue car “il n’y pas deux dortoirs identiques”. “Il ne faudra pas non plus séparer les familles, ce qu’on avait appelé les cellules de confinement. Cela n’aurait pas de sens de les séparer”, ajoute Nicolas Raynaud.

Au delà des dortoirs, il faut aussi repenser l’accueil en général. Pour éviter les regroupements dans le refuge, la FFCAM envisage de mettre en place un sens de circulation “comme dans les magasins”. Lors des repas, les clients pourront être répartis sur différentes tables, et les services étalés “tous les trois-quarts d’heure par exemple”.

Des tentes à l’extérieur en Vanoise

Au cœur du parc de la Vanoise en Savoie, Félix Détraz, gardien du refuge de la Leisse étudie différentes solutions. “On ne pourra pas accueillir 32 personnes dans le dortoir comme c’est le cas habituellement”, affirme-t-il. Pour éviter une trop grande proximité entre les randonneurs, l’accueil sera donc limité à l’intérieur du refuge.

Pour pouvoir accueillir des voyageurs supplémentaires, des tentes pourraient être installées à l’extérieur par le gardien, avec “une autorisation exceptionnelle du parc national de la Vanoise”, propriétaire du refuge. “C’est un peu différent comme conditions d’accueil”, reconnaît le gardien, “mais autrement on ne peut pas isoler les personnes” dans ce refuge qui compte deux dortoirs de 16 places.

Félix Détraz souhaite que cette nouvelle organisation ne fasse “pas oublier que les gens viennent là pour passer un moment agréable”. “On fera en sorte de conserver l’ambiance refuge et que ça reste convivial”, promet le gardien.

Réouverture nécessaire

Si les guides et accompagnateurs ont pu reprendre le chemin de la montagne depuis le 11 mai, la réouverture des refuges va leur permettre d’accéder à des itinéraires qui se pratiquent sur plusieurs jours. Et donc d’élargir leur terrain de jeu.

“Professionnellement parlant, la réouverture des refuges est une bonne nouvelle”, affirme Pascal Chapelland, guide de haute-montagne à Saint-Gervais. “Je suis très content que les refuges puissent fonctionner parce qu’ils sont indispensables à notre activité”.

Pascal Chapelland emmènera donc ses clients dès que possible dans les refuges. Mais il prévoit aussi de faire “plus de bivouac” cette année. “Je vais essayer de les convaincre de faire des choses moins dures mais différemment”, dit-il.

“C’est important de rouvrir les refuges pour la pratique des activités, randonnée, itinérance, alpinisme…”, souligne le Président de la FFCAM. “Mais ça l’est aussi pour la sécurité en montagne. Et puis ce sont des lieux importants pour l’économie des territoires”.

S’il “doute qu’on puisse rouvrir tous les refuges” cet été, Nicolas Raynaud se montre optimiste quant à la mise en place de cette nouvelle organisation. “Tout va très bien se passer. On va reprendre progressivement. Comme c’est quelque chose de complètement inédit, il faut découvrir les choses au fil du temps. Mais les montagnards savent s’adapter”.

Source: France 3