Ces businessmen africains qui font de la politique

afrique businessmanEn matière de présidents, l’Afrique a tout connu ou presque. Poète, officier français, technocrate, putschiste, « fils de »… Manquait encore un homme d’affaire au tableau. Patrice Talon, 58 ans, est cette créature-là. Sans carrière dans l’administration publique ni formation politique, le Béninois a largement devancé le 20 mars son adversaire Lionel Zinsou. Une première pour un entrepreneur de cette trempe sur le continent.

Jusque-là, l’homme le plus riche du Bénin s’était contenté de soutenir à coups de gros sous l’élection des autres. A deux reprises, en 2006 puis 2011, il a financé les campagnes de Thomas Bon Yayi, allant jusqu’à lui souffler le nom de certains ministres. Accusé d’avoir tenté d’empoisonner le même Boni Yayi en 2012, Patrice Talon s’exilera trois ans en France. Pour finalement sauter le pas en octobre 2015 et se présenter à la présidence.

Sur un continent qui compte trois monarques, vingt et un présidents ayant endossé l’uniforme militaire – dont douze anciens putschistes – et où cinq chefs d’Etat d’Afrique centrale cumulent cent soixante-quatre ans au pouvoir, le « roi du coton » est une exception.

De l’autre côté du continent, le « PDG de Madagascar » Marc Ravalomanana, président de 2002 à 2009, pourrait arguer d’un parcours similaire. Mais l’industriel, d’abord élu maire d’Antananarivo en 1999, a commencé et terminé son mandat dans une grande confusion. L’Europe a connu le cas de l’entrepreneur Silvio Berlusconi mais ce dernier, avant d’être nommé président du Conseil italien en mai 1994, avait lancé un parti, Forza Italia, devenu en quelques mois la première force politique du pays.

Sa victoire, le nouveau dirigeant béninois pense la devoir à deux choses : son statut d’opposant et son aura d’entrepreneur à succès. Le modèle Talon va-t-il inspirer d’autres candidats à d’autres présidentielles en Afrique ? Le tycoon réussira-t-il à créer de la prospérité là où tant de dirigeants ont échoué depuis les indépendances ? Il y a fort à parier que le petit « laboratoire politique » béninois sera scruté à la loupe.

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