Par La Rando

Le Qatar et la FIFA

LE PLUS. L’enquête fait la une de « France Football », ce mardi. Le Qatar aurait mis la main au portefeuille pour obtenir l’organisation de la Coupe du monde 2022. Des accusations de corruption crédibles ? Quelles conséquences pour ce pays ? Décryptage de Nabil Ennasri, doctorant et auteur de « L’énigme du Qatar » (à paraître en mars 2013)
FOOTBALL. Les faits rapportés par les journalistes de « France Football » sont édifiants. Leur enquête semble solide, fouillée, le dossier est très lourd. L’accusation est loin d’être hasardeuse.
La révélation de tels éléments n’est pas totalement une surprise. Dès l’attribution de l’organisation de la Coupe du monde 2022 au Qatar, de fortes suspicions ont pesé sur ce pays et ses méthodes. Ce qui est plus étonnant, c’est de voir cette enquête sortir maintenant et ne viser que ce pays.
Le fonctionnement de la FIFA en cause
Quiconque s’intéresse de près au football mondial sait que le fonctionnement de la FIFA est loin d’être transparent. Or, cette enquête semble d’abord compromettante pour cette institution qui, si ces accusations sont confirmées, semble bel et bien faire de la corruption la pierre angulaire de son fonctionnement. Ce sont les défaillances de la FIFA que fait apparaître ce travail journalistique en premier lieu.
Différentes enquêtes, par le passé, ont déjà montré que les trucages et le règne de l’argent roi existaient au sein de la FIFA. Et ils n’ont pas attendu l’arrivée du Qatar pour exister. Le Qatar n’est ici que le catalyseur d’une pratique qui avait trahi l’éthique du sport pour la remplacer par l’appât du gain.
On ne peut donc analyser cette enquête sans observer une certaine focalisation sur le Qatar. Les attributions de coupe du monde n’ont jamais brillé par leur clarté et il en est de même pour l’organisation des Jeux olympiques. Il est, à ce titre, étonnant de voir que l’attribution de l’édition 2018 à la Russie, pays qui se caractérise souvent par des méthodes discutables, ne fait pas l’objet d’une même attention.
Un phénomène de crispation autour du Qatar
Comment alors expliquer une telle crispation ? Elle est sans doute le reflet d’un certain nombre de non-dits et d’une véritable inquiétude, en France notamment, à l’égard du petit émirat. Notre pays entretient un rapport maladif avec le monde arabe qui se cristallise dans le traitement du sujet « Qatar ».
Ce pays est également en train de commencer à payer le prix de ses ambitions. C’est en quelque sorte le retour du boomerang. Du fait de sa politique trop ambitieuse, il fait des jaloux, se crée des adversaires et agace de plus en plus. On est sans doute en train d’assister aux limites de sa politique en matière de soft power et de diplomatie sportive.
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Par La Rando

Le Qatar et la Confédération syndicale internationale

Nous reprenons cet article rédigé par la Confédération syndicale internationale qui fait état du triste sort réservé aux travailleurs étrangers au Qatar. L’émirat ne pourra faire office de modèle pour le Golfe s’il ne fait pas de gros efforts pour améliorer le triste sort de cette frange marginalisée qui constitue pourtant les 3/4 de sa population.
Qatar : Le mouvement syndical international avertit que le système de visas de travail facilite le recours au travail forcé.
Au milieu de la frénésie du chantier de la Coupe du monde, le Qatar fait l’objet d’une nouvelle plainte à l’OIT.
18 January 2013: Les organisations syndicales internationales ont déposé une nouvelle plainte auprès de l’Organisation internationale du travail étayée par des preuves attestant du recours au travail forcé au Qatar. Face à l’explosion de la demande d’infrastructures, le Qatar, dont la population ne dépasse guère 300.000 habitants, doit faire appel à 1,2 millions de travailleurs migrants. Ceux-ci sont contraints à des conditions de travail non sûres et à des salaires de faim.
Pour la première fois, le travail forcé est utilisé comme référence pour définir les conditions de travail au Qatar dans le cadre d’une plainte à l’OIT. La plainte officielle déposée conjointement par la CSI et l’Internationale des travailleurs du bâtiment et du bois (IBB) porte sur sept cas spécifiques issus de centaines d’infractions portées à l’attention de la CSI.
D’après Sharan Burrow, secrétaire générale de la CSI, le système de visas par parrainage au Qatar facilite le recours au travail forcé dès lors qu’il empêche les travailleuses et travailleurs migrants de quitter un employeur véreux ou de quitter le pays sans autorisation.
« La législation qatarie accorde aux employeurs un pouvoir quasi-absolu sur les travailleurs. Ils sont seuls maîtres à bord à l’heure de décider si un travailleur peut changer d’emploi, quitter le pays ou rester au Qatar.
« Au cours des prochains mois seront annoncés les contrats pour les nouveaux stades et les infrastructures de la Coupe du monde. Des millions de travailleurs supplémentaires seront embauchés depuis l’étranger pour la réalisation d’infrastructures routières, ferroviaires et immobilières destinées à la Coupe du monde.
« Nous avons averti les entreprises multinationales qui ont fait des offres pour ces contrats de se conformer au droit international et de respecter les droits des travailleurs », a indiqué Sharan Burrow.
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Le Qatar et la crise du Mali

Les accusations se multiplient autour du potentiel soutien du Qatar aux groupes jihadistes du Nord-Mali. Après les révélations du Canard enchaîné, c’est au tour de la sénatrice communiste Michelle Demessine, rejointe par Marine Le Pen, d’incriminer Doha.
Devant les nombreuses zones d’ombre que cette affaire suscite, il est nécessaire de rappeler quelques points essentiels et de mettre en évidence quel est le degré et la nature de l’implication du petit émirat dans la région.

Ce qui est certain, c’est qu’il n’y a pas trace d’une présence de forces spéciales qataries dans la zone. Confirmée par une enquête de la DGSE du mois de novembre, cette absence d’éléments militaires qataris se comprend aisément au regard de la relation nouée entre la France et le Qatar depuis plusieurs années.
Faisant de Paris un élément clé de son dispositif diplomatique, l’intérêt stratégique de Doha de prêter main forte à des groupuscules radicaux qui mettent en péril la zone traditionnelle d’influence de la France en Afrique n’est pas du tout évident.
En outre, si le Qatar est accusé d’avoir récupéré le Printemps arabe en soutenant massivement les formations islamistes victorieuses des urnes, ce soutien reste cantonné aux tenants de l’islam proche des Frères musulmans.
Or, la vision de l’islam défendue par Al-Qaeda au Maghreb islamique (Aqmi) et ses affidés est celle d’un islam de type « salafi-jihadiste » qui n’a pas grand-chose à voir avec la tendance promue à Doha.
Ce principe de non-ingérence a été rappelé à plusieurs reprises par les autorités qataries qui ont tenu à rassurer le Quai d’Orsay, notamment suite aux rumeurs persistantes d’une partie de la presse française et africaine. Lors de la visite officielle du président par intérim Dioncounda Traoré à Doha, le 24 octobre, l’émir a tenu une nouvelle fois à démentir le soutien de son pays aux rebelles du Nord.

Les puissantes ONG de l’émirat dans le Sahel

Si la non-présence d’agents officiels qataris dans la région est avérée, il n’en est pas de même pour les institutions privées de type caritatif. L’émirat compte en effet de puissantes ONG richement dotées dont le périmètre d’intervention couvre plusieurs continents.
Dominées par les courants salafis littéralistes, ces associations n’hésitent pas à intervenir au cœur des lignes de fracture du monde musulman. Présents au Bangladesh pour soutenir les réfugiés musulmans birmans, elles sont également actives en Somalie malgré la gravité de la situation sécuritaire. En plus du Croissant rouge qatari, les structures telles que Qatar Charity ou la Mou’assassat Eid ont fait des pays du Sahel (et donc du Nord-Mali) l’un de leurs terrain d’intervention privilégiés.
Au début du mois d’août, le Croissant rouge qatari a lancé une campagne de dons à l’adresse des nécessités du Nord-Mali et, en vertu d’un accord avec la Croix-rouge malienne, certains humanitaires qataris ont pu se rendre dans des villes comme Gao et Kidal.
Le mois suivant, la Qatar Charity y inaugurait un centre d’accueil pour les enfants déplacés. La force de frappe financière de ces structures est colossale. A l’été 2011, lors du mois de Ramadan, elles avaient débloqués près de 100 millions de dollars afin de répondre à la catastrophe humanitaire qui frappait la Corne de l’Afrique.
Dans un pays considéré par le magazine Forbes comme étant le plus riche de la planète en PNB/habitant, la simple récolte de la zakat (troisième pilier de l’islam) peut dégager des dizaines de millions de dollars. Même si la majorité des donations fait l’objet d’une surveillance étroite de diverses instances gouvernementales (et américaines), il se peut qu’une partie d’entre elles aient pu passer les mailles du filet.
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El Watan: L'Algérie et son partenariat avec le Qatar

Entretien réalisé avec le Journal algérien El Watan paru le 14 janvier 2012. L’Algérie vient de signer 8 accords de coopération et partenariat avec le Qatar. Ce dernier n’étant pas une puissance économique ou industrielle mondiale en-dehors du secteur gazier, quel est l’intérêt pour l’Algérie, qui elle dispose d’une importante manne financière ?

Le Qatar comme l’Algérie est à la recherche d’une diversification de son économie à travers des investissements à l’étranger dans des pays qui offrent suffisamment d’opportunités et de stabilité dans ce contexte de crise économique et de remous politiques dans les pays arabes. Or, si vous prenez la carte des pays arabes aujourd’hui, il est difficile de trouver un pays qui conjugue stabilité politique relative et perspectives économiques prometteuses. L’Algérie est dans cette situation. Par ailleurs, le Qatar possède d’importantes réserves gazières et l’Algérie est un important acteur sur ce marché. Face à la concurrence mondiale sur ce secteur, notamment de la Russie ou de l’Iran, il est stratégique de faire des alliances. C’est donc un intérêt commun que se noue ce partenariat.
-Le Qatar joue un rôle de plus en plus important sur la scène économique et diplomatique mondiale. Qu’est-ce qui lui confère aujourd’hui cette importance ?
Le Qatar s’est engagé depuis la prise du pouvoir du Cheikh Hamed en 1995 dans une politique d’influence stratégique, du Soft Power, celle de l’utilisation de l’image à des fins d’agenda politique. Il est certainement aujourd’hui l’Etat qui fait le meilleur usage de cette diplomatie du rayonnement, du prestige et de l’implication tous azimuts. On est dans une stratégie élaborée qui a été vulgarisée dans le Qatar National Vision 2030 et qui doit faire du pays l’un des moteurs à la fois du monde arabe, voire de la scène internationale à cet horizon.
Le Qatar est assis sur une réserve de gaz exceptionnelle (3e réserve mondiale), il exporte quasiment un million de barils/jour de pétrole et il a donc des perspectives de croissance impressionnantes. Il a un réservoir financier qui lui donne les moyens de ses ambitions, lesquelles consistent à rayonner le plus possible.
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Tendances en 2013 pour Al jazeera

La rétrospective de « Al Ittijah Al Mou’akess » (La direction et son contraire) a démontré combien la crise syrienne a pu dominer cette émission-phare d’Al Jazeera, diffusée en direct chaque semaine le mardi soir. Cette focalisation traduit le parti pris de la chaîne qatarie, dont l’essentiel de la programmation de l’année 2012 s’est faite autour de la dénonciation de la répression du mouvement révolutionnaire syrien.
Le début de 2013 est l’occasion de mettre en évidence les tendances lourdes qui vont marquer ce réseau médiatique d’ampleur internationale au cours de cette année et d’esquisser les contours de ses futurs projets. La chaîne maintiendra sa volonté farouche de donner la parole aux différentes parties, quel que soit le conflit.
Marqueur de son identité, cette manière de faire est quasiment unique dans l’espace audiovisuel arabe. Lors de chacune de ces émissions, le duel du mardi soir s’est souvent transformé en affrontements tragi-comiques entre pro et anti-Bachar. Loin de faire la promotion des seuls rebelles, la forme du plateau a permis l’expression des porte-paroles du gouvernement syrien.
L’une des personnalités les plus invitées au cours de ce programme fut Cherif Chehata, voix médiatique du régime de Damas. Ce dernier, ainsi que d’autres soutiens de Bachar el-Assad, a pu s’exprimer en toute liberté et n’a pas hésité à dénoncer ardemment la couverture d’Al Jazeera et à vilipender la politique du Qatar.
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Analyse sur les ressorts du "Soft-power" du Qatar

Le journal libanais arabophone As Safir a publié une analyse sur les ressorts du « Soft-power » du Qatar dans lequel j’apporte des éclairages notamment sur le tropisme des dirigeants du Qatar envers la France. L’article a été traduit en anglais et posté sur le site « Al Monitor ». Nous mettons ci-dessous l’article en anglais :
The Greek government, in the midst of a severe economic crisis, recently decided to knock on Qatar’s door for a chance at survival. It hopes that Qatar will help it overcome its crisis, or at least alleviate some of the burden.
Many European countries have gone down a similar path with Qatar. This raises questions regarding the relations between Europe and Qatar, and about how this small Gulf state has become such an important player among major countries.
Qatar invests billions of dollars a year in Europe, including millions in the real estate, hotel, sports and media sectors. This small country — with an area no larger than 12,000 square kilometers and 500,000 people — has become one of the world’s biggest investors, and invests particularly heavily in Europe. Qatar’s relationship with France however, is one exception. There, it maintains a « more private » strategy.
Given that its oil and gas revenues are in the hundreds of billions of dollars each year, Qatar is able to aspire to broad goals.
The small nation of Qatar has developed its soft power capabilities in Europe and in France, taking advantage of a variety of factors and surpassing the many barriers and prejudices preventing it from reaching its goal. This goal was summed up by the Qatari ambassador to Paris, Mohammed al-Kuwari, who was quoted in the French newspaper Le Monde as saying, « Qatar’s financial resources have allowed it to open up to the world, which is crucial to its future. »
Qatar, which has witnessed major growth over the past 15 years, is trying to improve its image in Europe by investing in this continent suffering from a serious economic crisis and sluggish growth.
The Gulf state’s influence first emerged in Europe’s banking sector, especially in those countries experiencing accrued crises as a result of the economic recession taking hold of the « old » continent. It then expanded its presence in the real estate and tourism sectors before moving into media and sports.
Price decreases have provided many investment opportunities for the Gulf states at large, and has allowed them high annual revenues.
 
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Football: la stratégie du Qatar

La récente participation de Nicolas Sarkozy au Doha Goals a permis de mettre à nouveau le Qatar au centre de l’actualité. Pour sa première édition, ce forum a réuni des personnalités politiques et sportives qui ont réfléchi aux moyens de faire du sport « un outil de progrès économique et social ». Cet évènement est l’occasion d’analyser la stratégie qui a fait du Qatar, en quelques années, une plaque tournante de la géopolitique du sport.
La « diplomatie sportive » de Doha
Dans le cadre du Qatar National Vision 2030, véritable feuille de route que s’est fixée la famille royale, le sport est perçu comme un levier d’actions prioritaires. Véhiculant des valeurs positives et offrant une visibilité de premier plan, il permet de placer le Qatar sur la carte du monde à moindre frais.
De même, il doit constituer un moteur de croissance dans le cadre de la politique de diversification économique censée faire sortir le pays de l’hyper-dépendance aux hydrocarbures. Enfin, le sport a ceci de particulier qu’il peut participer à la consolidation d’une identité en exacerbant le sentiment patriotique autour de l’équipe nationale. Pour toutes ces raisons, Doha s’est lancée dans une « diplomatie sportive » et le Doha Goals n’est qu’un élément d’un puzzle beaucoup plus vaste.
Les résultats sont effectivement impressionnants. Depuis l’organisation au Qatar des Jeux Asiatiques en décembre 2006 (qui représentent le 3e évènement sportif de la planète), le pays a entrepris une stratégie de conquête tous azimuts. Ne délaissant aucune discipline, ce dispositif maille tous les aspects du sport : de l’organisation des grands évènements à la diffusion audiovisuelle, jusqu’à la formation d’excellence et la prise de contrôle de clubs à l’étranger.
Le foot, fer de lance de la stratégie qatarie
Conscient de son capital de séduction, les autorités ciblent particulièrement le football. « Sport-roi », il mobilise les masses et peut gratifier le pays d’une publicité planétaire. Dans ce domaine, le Qatar développe un plan d’action autour de 5 axes :
– L’accueil des grands rendez-vous du ballon rond, l’attribution du Mondial 2022 symbolisant avec force cette ambition. Le pays organise aussi d’autres compétitions de grande ampleur. En 2011, il a été l’hôte de la Coupe d’Asie des nations et l’émirat accueille régulièrement des matchs amicaux à grande valeur symbolique. En plus du Brésil qui pose ses valises à Doha chaque année, c’est la sélection espagnole (et accessoirement meilleure équipe de l’histoire du football) qui affrontera l’Uruguay le 6 février.
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Qatar, conférence des Nations unies contre le réchauffement climatique

On en entend de plus en plus parler et ce mois de novembre n’aura fait qu’augmenter sa notoriété tant il aura été particulièrement dense pour sa diplomatie. Minuscule par sa taille mais débordant d’ambitions, le Qatar va une nouvelle fois être au cœur de l’attention mondiale en accueillant à partir de ce lundi la 18e conférence des Nations unies contre le réchauffement climatique (COP18).
Survenant peu de temps après la réunion des factions de l’opposition syrienne au cours de laquelle l’émirat aura été l’artisan majeur de l’unification, Doha va continuer à occuper le devant de la scène en devenant l’épicentre d’un autre moment fort de l’agenda international.
17 000 délégués provenant des quatre coins de la planète sont attendus pour cette grand-messe de l’écologie qui s’étale sur deux semaines avec l’objectif délicat de renforcer une coopération internationale au point mort depuis l’échec du sommet de Copenhague de décembre 2010.

A Doha, une industrie de la conférence

Cette conférence arrive à une période où l’émirat ne cesse de bousculer l’échiquier politique régional. Souhaitant apparaître comme un lieu privilégié des règlements des conflits et longtemps considéré, au moins jusqu’à l’avènement du Printemps arabe, comme un médiateur des différentes lignes de fracture au Moyen-Orient (accord de Doha pour le Liban en 2008, « processus pour le Soudan » sur la question du Darfour, réconciliation inter-palestinienne, etc.), le Qatar a ajouté à son dispositif diplomatique cette volonté de devenir un lieu stratégique de rayonnement intellectuel.
Depuis plusieurs années, c’est le monde entier qui se croise à Doha et le pays a développé une forme d’industrie des conférences qui en fait un des endroits au monde les plus prisés pour l’organisation de colloques.
La liste des évènements qui s’y déroulent donne la mesure de cette nouvelle dimension : ces derniers mois, le congrès de l’Union postale universelle, la conférence de l’ONU sur l’Alliance des civilisations, le congrès international du pétrole, ne sont que quelques uns des moments qui ont vu défiler dans l’émirat les principaux décideurs de la planète.
Cette stratégie du « marketing mondial de positionnement », tel que définie par le professeur Loïc Ravenel, prend désormais un accent de plus en plus fort.
En plus de la réunion de l’opposition syrienne, le pays a aussi reçu en ce mois de novembre le quatrième sommet Wise (World Innovation Summit for Education) dont il est l’initiateur. Véritable Davos de l’éducation, cette plateforme a réuni des centaines de professionnels pour plancher sur l’innovation dans les techniques de l’enseignement ou les moyens d’arriver à une scolarisation universelle.
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Le Qatar en Palestine

L’émir du Qatar, le cheikh Hamad ben Khalifa Al Thani, débute une visite officielle dans la bande de Gaza à partir de ce mardi. Première visite au plus haut niveau depuis le blocus imposé après la victoire du Hamas aux élections législatives de janvier 2006, cet événement met autant en évidence la recomposition du champ politique palestinien que l’implication du petit émirat dans l’équation stratégique du Moyen-Orient.
Contrairement à ce qu’ont relaté de nombreux médias français et étrangers, ce n’est pas la première fois qu’un chef d’Etat arabe se rend dans la bande de Gaza depuis l’occupation de ce bout de terre par Israël en 1967. En 1999, ce territoire avait déjà reçu la visite d’un leader arabe. Il s’agissait déjà de… l’émir du Qatar.

Devenir le pivot du monde arabe

Cette deuxième visite s’inscrit dans un contexte radicalement différent de la précédente. En une décennie, le Qatar est passé du stade de petite monarchie pétrolière insignifiante à un acteur incontournable de la scène moyen-orientale.
Le moment choisi n’est pas anodin. Débordant d’ambitions, Doha a mis à profit la conjoncture issue du printemps arabe pour reprendre au Caire et à Riyad le leadership de la réconciliation interpalestinienne.
Avec une Egypte convalescente et une Arabie saoudite engluée dans ses querelles de succession, Doha a saisi l’opportunité d’occuper le devant de la scène sur un sujet qui domine les représentations du monde musulman. En février dernier, c’est à Doha que les chefs du Fatah et du Hamas se sont réunis pour signer un accord de réconciliation nationale.
Le Qatar souhaite engranger, par le biais de cette visite historique, les dividendes symboliques, politiques et médiatiques d’un engagement qui doit faire de lui, dans son optique, le pivot du monde arabe.

Avec les rebelles sunnites syriens

Le déplacement du cheikh Hamad s’inscrit également dans un contexte régional extrêmement volatile où la crise syrienne accentue les polarisations politiques et confessionnelles.
Soutien des rebelles et parrain du sunnisme régional, le Qatar s’est fortement engagé dans une ligne de faille qui est devenue la caisse de résonance d’un affrontement régional contre l’axe chiite qui s’étend de l’Iran au Hezbollah et dont la Syrie de Bachar el-Assad est un élément-clé.
Dans cet antagonisme qui menace la stabilité de toute la région et où le Liban semble malheureusement devenir la prochaine victime, chaque camp tente de mobiliser les ressources symboliques afin de légitimer son positionnement.
Dans cette compétition, l’alignement des factions palestiniennes (et du Hamas en particulier) sur la position qatarie gratifie la diplomatie du cheikh Hamad d’un précieux atout.
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Polémique: Les 100 millions du Qatar à la France

Suspendu le temps de la campagne électorale, le sujet du fonds qatari pour les banlieues est revenu dans l’actualité suite aux récentes précisions apportées par Arnaud Montebourg.
Désormais réorienté pour venir en aide aux « zones déshéritées », ce projet en dit long autant sur la nature des relations que la France de François Hollande souhaite tisser avec le petit émirat que sur la fracture sociale qui ronge une partie de notre territoire national. Plusieurs enseignements peuvent être tirés de cette affaire.
Le projet qatari a changé de nature et d’orientation. Hier « fonds pour les banlieues », il est désormais qualifié par les pouvoirs publics de « fonds franco-qatari » axé sur l’aide aux PME, aux zones déshéritées voire au redressement productif.
Derrière la valse des mots, l’objectif est de gommer toute visée vers les quartiers populaires. Soucieux de son image, le Qatar veut à tout prix éviter de prêter le flanc aux critiques d’un financement obscur de l’islam français et de ses franges radicales.

C’est Pierre Moscovici qui gère le dossier

Le Qatar a beaucoup d’argent et notre pays fait face à une crise économique sévère. Avec en toile de fond les politiques d’austérité qui sévissent en Europe, voilà posés les termes de l’équation.
Considérant Paris comme un élément-clé de son dispositif diplomatique et désirant renforcer à tout prix la densité d’une relation stratégique avec une puissance militaire de premier plan, le Qatar souhaite donner des gages de bonne volonté à une présidence qui, contrairement à la précédente, ne lui est pas acquise d’avance.
Avec la nouvelle équipe à l’Elysée, on est en effet loin du « Tout-Qatar » qui caractérisait l’époque Sarkozy.
Pour faire bonne figure auprès des nouveaux décideurs français et préserver un axe Paris-Doha aussi solide que possible, les Qataris ont donc décidé de mettre l’argent à disposition du nouveau gouvernement. Signe que le projet est pris au sérieux en haut lieu, c’est désormais Pierre Moscovici qui pilote le dossier.
Bercy a décidé de reprendre la main car l’ordre de grandeur des sommes mises en jeu est proprement alléchant. On ne parle plus de 50 millions d’euros comme au début de l’aventure, mais de 100 millions. Certains parlent même d’un montant d’un milliard d’euros qui serait géré en collaboration avec la Banque publique d’investissement et la Caisse des dépôts.
A titre de comparaison, 50 millions d’euros c’est l’équivalent de 10% des sommes allouées chaque année au ministère de la Ville et cela correspond à ce qu’il manquait il y a quelques semaines au ministère des Sports pour boucler son budget…
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