Par La Rando

Le Qatar est devenu un acteur diplomatique incontournable

A Gaza, un cessez-le-feu illimité a été signé, mardi 26 août, mettant fin à un conflit dévastateur de 50 jours. Cet accord a été rendu notamment possible par le Qatar. Nabil Ennasri, auteur de « L’énigme du Qatar », explique comment le pays est revenu sur la scène diplomatique de la médiation.

Un cessez-le-feu « illimité » vient d’être signé à Gaza. Après 50 jours de bombardements, les armes se sont tues à la suite d’un épisode particulièrement sanglant du côté palestinien. Salué par toutes les factions palestiniennes comme une « victoire », cet accord a été paraphé grâce aux efforts diplomatiques de deux Etats qui ont joué un rôle central dans les tractations de ces dernières semaines : l’Egypte et le Qatar.

 

Le Qatar, omniprésent sur le front diplomatique

 

Il faut dire que l’émirat gazier n’a pas ménagé ses efforts pour arriver à un compromis. Cet activisme s’explique d’abord par une volonté de remettre la cause palestinienne au coeur de l’action diplomatique du pays.

 

Cette recentralisation trouve sa source dans l’accession au pouvoir du nouvel émir, le Cheikh Tamim ben Hamad Al Thani. Lors de son allocution au moment de son intronisation le 26 juin 2013, la Palestine avait été la seule cause expressément mentionnée.

 

Malgré le fait que le monde arabe était plongé dans une phase de bouleversement historique, ni la Syrie, la Tunisie, l’Egypte ou même la Libye n’avaient été visées par le nouveau souverain. Ce dernier fixait le cap de son mandat en matière de politique étrangère et considérait la cause palestinienne comme le dossier prioritaire.

 

Avec un peu de recul, on s’aperçoit aujourd’hui que cette nouvelle trajectoire marque à la fois une forme de rupture avec l’activisme de l’émir précédent (dont l’interventionnisme avait été décrié de Tunis à Damas) et explique également les raisons d’une omniprésence qatarie dans les ballets diplomatiques de ces dernières semaines.

 

Deux axes dans la diplomatie qatarie à Gaza  

 

Cette remise en scelle du dossier palestinien s’est articulée autour de deux axes :

 

1. Il y a eu d’abord la volonté de Doha de solidifier le front palestinien en contribuant à réconcilier les deux grands partis, le Hamas et le Fatah.

 

Fort de son expérience en la matière (un accord de réconciliation interpalestinien avait déjà été signé à Doha en février 2012), l’émirat n’a pas lésiné sur les moyens en accueillant à de multiples reprises les plus hauts responsables des deux camps. Cette posture s’est vue facilitée par le fait que Doha héberge le Hamas et lui fournit appui politique et soutien financier.

 

L’asile donné à son chef Khaled Mechaal rendait donc de fait incontournable Doha, capitale dans laquelle de nombreuses personnalités politiques de premier plan (dont Ban Ki Moon) se devaient de faire un arrêt pour espérer arracher un compromis.

 

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’accord de cessez-le-feu intervient quelques jours à peine après la rencontre tripartite entre l’émir du Qatar, Khaled Mechaal et Mahmoud Abbas à Doha.

 

2. La diplomatie du Qatar s’est aussi distinguée par son soutien constant à la résistance du peuple palestinien.

 

Rappelant que le Hamas avait le droit de se défendre à une agression injuste, Doha a été l’une des rares capitales de la région à apporter un soutien affiché aux opérations des factions palestiniennes.

 

Sans compter la couverture d’Al Jazeera qui a constamment fait état des exactions israéliennes, cette légitimation a pris la couleur d’un soutien diplomatique mais également humanitaire. Par l’intermédiaire de ses puissantes ONG (dont la Qatar Charity et le Croissant rouge qatari), l’émirat a déjà débloqué des dizaines de millions de dollars pour faire face aux premières urgences. De même, nul doute qu’une partie des 6 milliards de dollars nécessaires à la reconstruction de Gaza va être apportée par les caisses de l’émirat.

 

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que le Qatar apporte son concours financier à une terre arabe ayant subi des destructions de l’armée israélienne. En 2006, après la guerre au Sud-Liban, c’est Doha qui avait dépensé des centaines de millions de dollars dans la reconstruction des territoires dévastés. Quelques temps plus tard, ces largesses financières avaient permis à l’émir Hamad de faire une tournée triomphale dans le sud du pays dont les autoroutes avaient été parsemées de pancartes « Merci, Qatar ».

 

Nul doute que, s’agissant de Gaza, Doha souhaitera prochainement capitaliser sur le terrain symbolique ce soutien diplomatique et financier.

 

Le Qatar, bientôt « Etat ennemi » d’Israël ? 

 

Mais le revers de cet activisme est aussi à souligner et il est à prévoir une détérioration profonde des relations entre le Qatar et Israël.

 

En effet, l’Etat hébreu semble ne plus supporter cette propension de Doha à soutenir les forces qu’il considère comme « terroristes ». Tout au long des 50 jours de guerre, les plus hauts dignitaires israéliens ont repris en coeur le même discours en fustigeant l’appui du Qatar au « terrorisme ». Cette aversion a même pris la forme d’une demande explicite du ministre israélien des Affaires étrangères d’interdire la diffusion de la chaîne Al Jazeera.

 

Dorénavant, le ton se fait plus menaçant : des députés du Likoud étudient un projet de loi destiné à considérer le Qatar comme « Etat ennemi » et un centre d’études israélien souhaite « punir » l’émirat en orchestrant une campagne mondiale de dénigrement de l’image du Qatar afin de lui retirer le Mondial 2022. Alors qu’à la fin des années 1990, les deux capitales entretenaient des relations quasi-officielles, rarement les relations entre Tel Aviv et Doha n’auront été aussi glaciales.

 

Cette tension diplomatique avec Tel Aviv est aussi à mettre en perspective avec deux autres éléments du fait politique régional. D’abord, il y a la proximité de plus en plus forte entre le Qatar et la Turquie qui, dès le début de l’opération israélienne, se sont unis pour exprimer une même solidarité avec Gaza notamment lors de la visite de l’émir auprès du premier ministre turc à Ankara à la mi-juillet. Cette rencontre a symbolisé cette entente au plus haut niveau qui permettait à Doha de contrer son isolement régional par un pacte de sécurité avec l’un des Etats les plus en vue de la scène moyen-orientale.

 

Ensuite, il ne faut pas nier une forme de concurrence entre la diplomatie qatarie et celle de son homologue égyptienne. Autant la séquence estivale dans la région a mis en exergue le dynamisme du Qatar, autant l’Egypte (dont on pensait qu’elle resterait engluée dans ses affaires intérieures) a retrouvé sa place d’acteur incontournable dans l’équation stratégique régionale.

 

Malgré la répression contre les Frères musulmans dont le Hamas fait partie, Le Caire a pu tirer son épingle du jeu en assurant une forme de parrainage de l’accord survenu mardi. Et parmi les pays qui ont été remerciés par Mahmoud Abbas lors de son allocution pour annoncer le cessez-le-feu, se trouvaient l’Egypte et le Qatar.

 

Le retour de la diplomatie de la médiation ? 

 

Il faut enfin replacer toute cette effervescence dans un cadre régional plus vaste. La fin des combats à Gaza coïncide avec la libération de l’otage américain Peter Theo Curtis détenu pendant deux ans en Syrie et pour laquelle le Qatar a joué un rôle important.

 

Cette velléité de revenir sur le devant de la scène internationale sous un jour plus attractif est une tendance que l’on retrouve, là aussi, depuis l’avènement au pouvoir du nouvel émir. Sur l’affaire de libération des otages, le Qatar était déjà à la manoeuvre dans plusieurs affaires afin de faciliter leur libération.

 

Qu’il s’agisse des religieuses chrétiennes de Maaloula, des pilotes turcs ou des pèlerins chiites, c’est souvent Doha qui a joué de son influence et de ses relations pour parvenir à des issues.

 

Nul doute que cette propension à vouloir apparaître comme un acteur ouvrant à davantage de stabilité va être de plus en plus mise en avant et ce, afin de contrer la mauvaise presse dont l’émirat pâtit auprès des opinions occidentales.

 

Dans un contexte régional explosif avec l’avancée de l’Etat islamique en Irak et la descente aux enfers du chaos syrien, le Qatar semble vouloir clarifier ses prises de position diplomatiques.

 

Dans un univers mondialisé où l’image d’un pays peut jouer un rôle crucial dans la défense de ses intérêts économiques, on peut penser que cette réorientation de l’activité diplomatique vise aussi à donner des gages à l’opinion mondiale dans la perspective du Mondial 2022 que l’émirat souhaite accueillir dans les meilleures dispositions.

Source: leplus.nouvelobs.com

Par La Rando

Le Qatar et le sport

L’implication de plus en plus grande du Qatar dans le paysage sportif mondial a constitué l’un des axes importants des discussions dans les médias au cours de ces dernières semaines. En effet, l’engouement de ce micro état (une superficie proche de la Corse) aride du golfe arabo-persique, peuplé d’environ 1,7 millions d’habitants (dont 15% de nationaux), autour de l’organisation de nombreux évènements sportifs de dimensions et de nature différentes, a attiré l’attention, souvent négative, des analystes occidentaux. En effet, nous avons pu observer que l’imaginaire sur le Qatar reposait sur cette construction biaisée et singulièrement caricaturale. Nous ne chercherons pas ici à trouver un coupable, là n’est pas le propos. Notons rapidement que le regard médiatique sur le Qatar est un regard particulier. Une géographie faussement globale car tout en croyant voir la planète en direct, nous ne regardons en fait que nous même, du moins la crainte latente d’un pays qui fascine comme il inquiète.
Le sport incarne un enjeu majeur dans la Stratégie Nationale de développement (2011-2016) et la Vision Nationale du Qatar à 2030. Pour servir cette ambition, il est le produit d’une réflexion insérée dans une stratégie globale, qui doit permettre (en théorie) au pays d’exister dans un environnement complexe. Reprenant les dires de l’émir Al Thani, de « positionner le Qatar sur la carte du monde ».
Barré dans son expression militaire, le Qatar mise sur les armes du « soft power » défini par Joseph S. Nye comme la « puissance douce » et son corolaire « le discours géographique » (discourir sur l’image positive d’un pays), pour entretenir la réputation du Qatar. Sa signification géopolitique peut être déployée comme une arme ou un bouclier permettant de façonner des connotations signifiantes et positives pour y raconter « une histoire authentique du pays » .
Lire la suite…