L’obésité dans les Pays du Golfe

Si ce n’est pas l’alimentation trop riche en calories, c’est le manque d’exercice, en fait probablement les deux: l’obésité, mal des temps modernes, et son corollaire, le diabète, font des ravages dans les richissimes monarchies pétrolières du Golfe. Les pouvoirs publics, qui ont fini par réaliser la gravité de la situation, multiplient les campagnes d’information dans l’espoir de calmer le goût pour les repas à forte teneur calorique servis par les chaînes de restauration rapide qui pullulent dans tous les pays de la région.
Ils tentent aussi d’encourager la pratique du sport chez les jeunes et installent même parfois des stands de détection du diabète dans les centres commerciaux, là où les habitants des pays du Golfe passent l’essentiel de leur temps libre.

« C’est une maladie mortelle », affirme le Dr Abdelrazzaq Al-Madani, directeur du « Dubai Hospital » et président de la Société des Emirats contre le diabète.

« Quelque 80% des patients atteints de diabète meurent d’une attaque cardiaque, l’une des principales causes de décès aux Emirats, peut-être la deuxième après les accidents de la route », poursuit-il.

Pour lui, les racines du problème sont simples. Outre les mauvaises habitudes alimentaires, « les gens sont plus sédentaires maintenant » qu’à l’époque où ils vivaient à la dure, avant la richesse pétrolière.

Preuve de la gravité de la situation, certains jeunes âgés de 15 ou 16 ans présentent des cas de diabète, en raison de l’obésité qui ne cesse de progresser dans cette tranche d’âge.

Selon de récentes statistiques officielles, 70% des adultes et 12% des enfants des Emirats sont en état de surcharge pondérale, et le cinquième de ces enfants trop enveloppés risquent de souffrir du diabète à un stade ultérieur.

Des six monarchies du Golfe, les Emirats sont le pays le plus touché: selon des statistiques officielles de 2005, 19,6% de la population souffrait alors de la maladie, le deuxième taux le plus élevé au monde. Les Emiratis représentent moins du cinquième de la population du pays.

« Je pense que si nous faisions la même étude aujourd’hui, le chiffre serait encore plus élevé », commente le Dr. Madani.

Les statistiques officielles prévoient d’ailleurs que si rien n’est fait, la proportion des habitants des Emirats atteints de diabète sera de 28% en 2025.

Mais les autres pays de la région ne sont pas à l’abri, avec 15% de la population atteinte au Qatar, 14,3% à Bahreïn et 13% à Oman, selon des professionnels de la santé interrogés par l’AFP.

Au Qatar, une pédiatre de l’hôpital Hamad, le Dr Mariam Al-Ali, déclare que 35% des enfants de moins de 14 ans étaient diabétiques en 2007, contre 7% dix ans plus tôt.

En Arabie saoudite, l’agence officielle SPA a récemment indiqué que 25% des Saoudiens de plus de 30 ans avaient le diabète.

En mars, un chirurgien de Ryad, le Dr Abdel Aziz Al-Gannas, avait affirmé à l’AFP que 90 personnes devaient se faire amputer d’un pied chaque mois rien que dans la capitale en raison d’infections et d’ulcères résultant directement du diabète.

Au Koweït, le chef du programme national de prévention de la maladie, Ahmad Al-Shatti, estime qu’un Koweïtien sur quatre est diabétique.

Ces chiffres effrayants ont amené les autorités des Emirats à s’associer à l’Unicef (Fonds des Nations unies pour l’Enfance) pour lancer un programme destiné à éduquer les mères de famille sur une nutrition équilibrée.

Dans les pays voisins, la télévision est utilisée pour sensibiliser le public aux risques de l’obésité et du diabète, tandis que des kiosques pour détecter l’insuline ont été installés dans certains centre commerciaux.