Des blindés canadiens à l’Arabie saoudite

OTTAWA – Le gouvernement Trudeau continue de subir des pressions dans le dossier du lucratif contrat de vente d’armement militaire à l’Arabie saoudite. Selon une douzaine de groupes qui militent pour les droits de la personne, la livraison de quelque 900 blindés au régime de Riyad est «immorale et contraire à toute éthique», ont-ils écrit dans une lettre adressée au premier ministre Justin Trudeau mercredi.

«Il y a un risque très élevé que ces blindés soient utilisés pour violer les droits de la personne», a insisté en conférence de presse le secrétaire général d’Amnistie internationale au Canada, Alex Neve.

Depuis des semaines, le ministre des Affaires étrangères Stéphane Dion défend sa décision de respecter l’entente d’une valeur de 15 milliards $ pour la vente de 900 véhicules blindés légers. Le gouvernement Harper a approuvé ce contrat conclu entre l’Arabie saoudite et la compagnie ontarienne General Dynamics Land Systems en 2014.

M. Dion soutient n’avoir aucune raison de croire que l’Arabie saoudite se servira de l’armement canadien pour violer les droits de la personne. Et que si la donne venait à changer, il se réservait le droit d’annuler les permis d’exportation.

Mais des groupes de défense des droits de la personne sont loin d’être rassurés, alors que l’Arabie saoudite mène une guerre sanglante au Yémen.

Selon un rapport de l’ONU, le conflit armé a déjà fait quelque 3000 victimes innocentes et plongé le pays dans une crise humanitaire sans précédent, a noté M. Neve.

Le risque est donc bien réel de voir l’armement canadien impliqué dans des violations des droits de l’homme, a-t-il indiqué.

Durant la dernière campagne électorale, tant les conservateurs que les libéraux et les néo-démocrates ont promis de maintenir ce contrat avec l’Arabie saoudite. Celui-ci assure environ 2000 emplois en Ontario.

Mais l’argument économique ne tient pas la route, signale la présidente de l’Institut Rideau, Peggy Mason.

«Il est pernicieux de dire que des emplois canadiens dépendent de la mort de civils dans des pays en guerre», a-t-elle affirmé.

Rappelons qu’un groupe d’étudiants de l’Université de Montréal, avec à leur tête le professeur de droit Daniel Turp, ont intenté une action en justice afin de faire annuler la vente de véhicules blindés légers canadiens à l’Arabie saoudite.

Source: journaldemontreal