Alpinisme à la Meije dans le massif des Ecrins

Longtemps invaincu, l’éperon qui surmonte la Meije dans le massif des Ecrins ne se livre qu’après un rude combat. Récit d’une expédition avec piolets, crampons et crayons.

Sous le casque, la barbe est blanche mais le regard brûle d’un feu intense. D’un coup de rein, Jean-Marc Rochette, poigne ferme et adrénaline à plein débit, franchit en tête de cordée le dernier ressaut raide sous le sommet de la Meije. Sous ses pieds, la fantastique face nord, verticale et englacée, plonge jusqu’au village de La Grave, 2 500 mètres plus bas…

Au-dessus, le sommet, à une dizaine de mètres. Rochette les remonte dans cet état propre à la conclusion des grandes ascensions, cocktail de jubilation profonde et de plénitude.

A 62 ans, le dessinateur de BD et peintre, auteur de Transperceneige, série post-apocalyptique culte, collaborateur de Martin Veyron, René Pétillon et bien d’autres, est revenu à sa passion de jeunesse, la montagne. Son dernier ouvrage, Ailefroide Altitude 3954 (Casterman, 2018), superbe autobiographie graphique, récit de ses années de grand alpinisme, fait l’unanimité auprès de la critique et du public. A l’invitation de Libération, il est venu renouer avec l’alpinisme engagé, physiquement cette fois et crayon en main, à la Meije, sommet phare des Ecrins.

Ce presque «4 000» resta un temps un des derniers sommets invaincus des Alpes. Sa conquête, en 1877, fut la première grande réalisation française dans un paysage dominé par les Britanniques. Emblématique pour l’alpinisme du pays, la Meije est chère aussi au cœur de Jean-Marc Rochette : c’est ici qu’il avait accompli, il y a trente-six ans, sa dernière grande ascension avant de se consacrer entièrement au dessin.

Passage initiatique
Cet été, il a choisi la belle voie historique d’ascension, ouverte en 1877 en face Sud par Pierre Gaspard, guide paysan légendaire, et Emmanuel Boileau de Castelnau, jeune baron languedocien. Il n’a pas été difficile de convaincre Rochette de poursuivre, depuis le sommet, sur la longue ligne d’arêtes effilées séparant les faces nord et sud de la Meije. Cette traversée, itinéraire aérien, exposé et exigeant, est une course de référence, un passage initiatique pour les montagnards. Nous l’avons projetée sur trois jours avec, luxe rare, un bivouac sur l’étroit sommet.

Le premier jour a été consacré à une lente et usante approche, depuis la fin de la route au hameau de la Bérarde. Les sacs, chargés du matériel d’alpinisme et de bivouac, nous scient les épaules. Qu’importe : au fur et à mesure de la remontée du vallon rocailleux des Etançons, rectiligne et de plus en plus raide, la face sud de la Meije, monumentale muraille de rocher fauve, prend peu à peu toute la place dans notre champ visuel et notre esprit. Demain, nous serons accrochés à ses flancs. Rochette savoure : «800 mètres de haut, 2 kilomètres de large, et au centre, le glacier Carré, son marqueur : c’est l’une des plus belles faces des Alpes !»

En fin d’après-midi, nous atteignons le refuge du Promontoire, suspendu en plein vide au pied de la face. Le gardien, Frédi Meignan, nous attend avec une terrible nouvelle : ce matin, sur l’autre itinéraire d’accès au refuge, celui du versant Nord, un guide a dévissé avec un bloc instable. Ses deux clients ont été tués sur le coup. Héliporté vers l’hôpital de Grenoble, il est entre la vie et la mort. Dans le réfectoire du refuge, trois autres guides passés plus tôt par le même itinéraire sont accablés. Brutal rappel à l’ordre : la Meije est dangereuse. Meignan, amoureux fou de cette montagne mais blessé par le drame, nous raconte longuement le «voyage en Meije», sa beauté et ses risques…

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